faire marcher le petit commerce
par Caroline
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Elle avait fixé le rendez-vous une heure plus tard que d'habitude. Dans son quartier il y a des magasins intéressants. J'en ai profité et j'avais donc déjà fait quelques petites courses avant. Cette heure m'avait coûtée 800f. En sortant, j'ai remis ça, je voulais un manteau chaud.
Les histoires d'argent avec un psy, même si on n'est ni pauvre ni radin, ça compte beaucoup. On a parlé de la feuille, je me suis mise à table tout de suite, c'est moi qui aie commencé, histoire de m'en débarrasser et pour montrer que je n'avais pas oublié. J'aurais préféré lui parler de mes problèmes sexuels mais je n'en n'ai pas parlé du tout. A la fin je lui ai dit: "Alors comment fait-on pour la feuille?" Et là, je ne peux pas dire qu'elle n'a pas été très correcte : elle a dit "J'ai dit quelque chose et donc je le fais" ou quelque chose comme ça. C'est le genre de phrase que j'adore, elle ne pouvait pas me faire plus plaisir même si j'ai trouvé qu'elle la ramenait un peu trop. Et elle a sorti la feuille de son tiroir tout en ouvrant le tiroir, comme si elle l'avait déjà préparée, glissée sur le dessus, ses deux mains ont travaillé en même temps et elle a souri, en même temps, d'un sourire imperceptible, que j'ai perçu. Ensuite elle a rempli la feuille et l'a posée sur son bureau et bien en face de moi, c'est à dire pas devant elle puisque j'étais assise légèrement sur le côté. Elle devait savoir que, cette fois-ci je ne pouvais pas l'oublier, mais c'était quand même chic de sa part. Après, pour le paiement, j'avais prévu le coup mais c'était compliqué de toute façon. Je m'étais dit que si elle me rendait pas la feuille, il faudrait que je la paye en liquide (comme mon ancien) et même si je n'ai jamais aimé l'idée qu'ils se le mettent dans la poche, j'avais tiré de l'argent. Avec la feuille tout était possible, j'avais droit au chèque et j'avais donc aussi prévu le chéquier. J'étais sure de ne pas être prise au dépourvu.
Mais ils préfèrent le liquide et elle me l'a dit: "En liquide c'est mieux". Ce n'était pas encore réglé, les bons comptes font les bons amis : j'ai sorti mes billets mais je n'avais pas l'appoint. "Je ne rend pas la monnaie, vous vous débrouillez". Je n'ai pas voulu prendre la responsabilité sans une petite confirmation de sa part et j'ai quand même demandé complètement bêtement :"Alors qu'est-ce que je fais, je vous donne 300 ou 400?" J'insistais lourdement comme si elle allait me donner la solution à ce problème comptable. J'ai du me "débrouiller" et je lui ai refilé 400 en lui expliquant bien que donc, la prochaine fois je ne lui donnerai que 300. Elle a hoché très légèrement la tête et ça m'a suffit. Je ne voulais pas qu'il y ait la moindre confusion. Toute cette épicerie me paru ridicule, et moi aussi dans le rôle de la cliente ou de l'épicière je ne savais pas trop bien, je n'ai donc pas pu m'empêcher de lui envoyer une vacherie : "C'est pour ne pas faire "petit commerce" que vous ne rendez pas la monnaie." Elle s'est très bien défendu, c'est son métier. Heureusement, je me suis trouvée trop grosse dans tous les manteaux du maxi au trois-quart. J'avais déjà fait marcher le petit commerce à raison de 1200f tout compris. Il va falloir que je me prive un peu pour payer mon psy, c'est ça l'efficacité de la règle, |